Durcissement quantitatif

L’argent facile n’a jamais été facile pour tout le monde : seulement pour les banques, certaines grandes entreprises et certains organismes internationaux. Même là, on a vu des faillites et des réductions d’échelle budgétaire qui servaient à rappeler que l’argent facile n’était pas tout à fait une gratuité monétaire. Pendant ce temps, l’argent devenait plus rare pour les particuliers, ou si on préfère, d’un accès et d’un coût de plus en plus favorables pour un nombre de moins en moins grand de citoyens.  C’est ainsi que l’acmé de l’argent facile a coïncidé avec une difficulté matérielle accrue pour la plupart des gens, et avec un renchérissement structurel du coût de la vie, hormis le panier de la ménagère et le baril de pétrole, ces deux éléments marqueurs, non du coût de la vie, mais du seuil de pauvreté.

Il n’y a que l’immobilier, motif principal du recours au prêt bancaire, à avoir vraiment profité des taux bas, avec des offres parfois inférieures à 1% sur 15 ans, qui perçaient tous les planchers. Mais comme dans la plupart des grandes villes, l’immobilier n’avait cessé d’augmenter, l’avantage pour la capacité d’achat n’est pas bien établi. Et jamais les banques n’ont été aussi exigeantes en matière de justificatifs et de garanties dans les dossiers d’emprunt.  En sorte que l’aisance a été récompensée, et la fragilité matérielle punie : rien de plus. A présent, le vent tourne. Il est à parier que les prochaines années verront remonter les taux, sans bien sûr que les prix de l’immobilier ne baissent significativement, dans ces grandes villes où les logements sont si chers qu’elles deviennent centrifuges, ou qu’elles se recomposent en une mosaïque de quartiers d’un agrément très inégal.

Pour les secteurs d’activité, bancaires ou institutionnels, où l’argent a été si facile, la facilité commence à décroître, et 2018 fournira quelques éléments d’expérimentation grandeur nature de l’état réel de l’économie, quand l’assouplissement quantitatif – nom poétique de la planche à billets en un temps d’argent numérique – va se réduire progressivement. Les retombées ne manqueront pas de se répercuter dans le public, à tous niveaux. Le durcissement quantitatif est à l’ordre du jour.

Comme il existe actuellement une OPA hostile sur le passé et sur les traditions, il en existe une sur le patrimoine et sur la propriété. Il y a un contrat mortel sur le principe que chacun puisse acquérir une aisance accrue par l’épargne et les placements. L’argent facile est à double tranchant, pour nos maîtres institutionnels. Certes, il permet de trouver des ressources quand il n’y en a pas, ou même, pour certains États, de s’endetter à des taux négatifs : mais il permet aussi à une partie des citoyens lambda de s’enrichir en utilisant l’effet de levier. Cette perspective ne satisfait pas le nouvel ordre du monde : le destin des classes moyennes est de fournir l’indice moyen de l’aisance matérielle, c’est-à-dire, de la gêne supportable. Nullement d’acquérir un patrimoine qui nous libérera, nous et notre descendance, du joug du travail sans fin.  La malédiction d’Adam n’est pas près de s’achever.

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