Style Vénus

La beauté des femmes, pour que je la reconnaisse comme une chance de bonheur, a besoin d’un incessant réglage rétinien.

Les visions qui déclenchent en moi l’appel du large ne se ressemblent pas entre elles. Le passé ne coïncide pas vraiment avec le présent.

Le désir est le seul critère. Avec lui, il faut payer cash. Tandis que l’amour ne veut rien dire de sérieux. Il garde toujours quelque chose d’imprévisible : une botte secrète, un coup bas.

J’ai eu la folie les filles à longues jambes et à seins menus. J’ai adoré les petites rondes et blondes. J’ai brûlé pour des femmes mûres et rieuses, pour des lycéennes, pour des trentenaires à lunettes. Je suis passé des fragiles aux autoritaires, des indécentes aux pudiques. Il y a eu aussi quelques collectionneuses, qui m’ajoutaient à leur collection pour pas cher.

A chacun de ces styles de femme correspondait en général une étape de ma vie : parfois un livre que j’écrivais, parfois une maison que je quittais, ou un voyage, un cours, un emploi. A chaque âge a répondu un visage et une voix.

Tandis que peu à peu je m’éloignais des impatiences de ma jeunesse, par crans successifs, pour avancer vers nulle part, ces rencontres se raréfiaient, ou devenaient relatives. Et puis un jour, il y a eu une sorte de cristallisation.

C’était juste avant de devenir père pour la première fois. La femme qui portait mon enfant a incarné à mes yeux l’idée de la perfection physique. Avec elle, j’ai eu l’impression de trouver la forme parfaite et pure du désir éternel.

Ce n’est pas que les autres formes de la beauté aient cessé de me plaire : où irions-nous ? C’est que celle-ci les surpassait et les réunissait toutes. Je me souviens de ma surprise, de mon enchantement. Les femmes enceintes portent le présent et l’avenir dans le même corps opulent et radieux.

Désormais, leur splendeur me frappe sans cesse, partout. Elle me foudroie au passage. Ce foudroiement est à sens unique. Les femmes qui attendent la naissance d’un enfant ont autre chose à faire que de s’encombrer d’un écrivain maladroit, lourd et vieillissant, qui n’a reçu en partage aucun charme magique. Mais le rêve éveillé est une musique qui n’a pas de fin.

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